Peut-on jouer du rock avec une hollow body ?
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Depuis 20 ans je me bagarre avec des hollow, des semi-hollow et des solid body — et la question revient toujours : peut-on vraiment jouer du rock avec une hollow body sans finir noyé dans du larsen ou sonner comme au club jazz ? Spoiler : oui, mais c’est un art. Voici le guide franc et pratique pour transformer une guitare creuse en bête de scène rock.
Comprendre la hollow body : construction, son et comportement
Une hollow body (corps entièrement creux) se distingue d’une semi-hollow (centre massif) et d’une solid body par sa caisse résonante. Cette conception donne un son plus chaleureux, rond et ouvert, avec une réponse très riche dans les harmoniques basses et médiums. Les caractéristiques principales :
- Corps creux : forte résonance acoustique, excellente projection à faible gain.
- Table/arrière en bois (érable, peuplier, épicéa selon les modèles) : influence le caractère tonal.
- Chevilles et chevalet souvent flottants ou fixes selon les modèles.
- Microphones : typiquement P-90 ou humbucker — P-90 pour du grain plus brut, humbucker pour plus de rondeur et moins de bourdonnement.
Conséquences acoustiques et électriques :
- Sustain souvent plus court que sur une solid, mais avec un timbre plus « vibrant ».
- Tendance au feedback quand on pousse le volume/les distorsions, surtout sur les hollow 100% creuses.
- Dynamique naturelle : vous contrôlez beaucoup le grain au médiator et au potard de volume.
Pourquoi les joueurs aiment les hollow ?
- Pour la richesse harmonique et le toucher responsive.
- Pour des cleans très musicaux et des overdrives organiques.
- Pour le côté esthétique et le confort du manche (souvent plus fin, feel vintage).
La hollow body offre un son musical et vivant, mais exige des choix de réglages et d’effets adaptés si vous voulez qu’elle convienne au rock moderne ou vintage.
Peut-on vraiment jouer du rock avec une hollow body ? histoire et exemples
Oui. Historiquement, le rock a émergé avec des guitares quasi-acoustiques — pensez aux premières heures du rock’n’roll et du rockabilly. Quelques repères concrets qui montrent que la hollow a sa place dans le rock :
- John Lennon et George Harrison jouaient des Epiphone Casino (guitares full hollow) sur de nombreux morceaux des Beatles, y compris des titres rock.
- Noel Gallagher, Alex Turner (Arctic Monkeys) et Johnny Marr ont utilisé des semi-hollow/hollow pour des textures rock très marquées.
- Le rockabilly et le garage rock ont longtemps favorisé les hollow pour leur attaque et leur présence.
Styles de rock où la hollow excelle :
- Indie rock / britpop : textures, attaques dynamiques, jolis cleans saturés.
- Garage rock / psyché : fuzz et réverbe créent des murs de son intéressants.
- Classic rock / blues-rock : solos chaleureux, chording riche.
- Rock alternatif : quand on veut un son moins « métallique » et plus organique.
Exemples pratiques :
- Sur un morceau typique d’indie, une hollow avec P-90 + overdrive léger colle parfaitement pour les rythmiques et leads.
- Pour du garage rock, équipez la hollow d’un fuzz et d’un peu de reverb — vous aurez ce son crasseux sans sacrifier la musicalité.
Important : la différence entre full hollow et semi-hollow est souvent décisive. Les semi-hollow (Gibson ES-335, Fender Semi-Hollow, etc.) sont généralement plus tolérantes aux niveaux élevés et se prêtent mieux au rock bruyant. Les hollow 100% exigent un peu plus de précaution mais offrent des couleurs uniques.
Transformer une hollow en guitare de rock : réglages, micros et pédales
La préparation compte plus que la guitare. Voici les leviers concrets pour obtenir un son rock convaincant avec une hollow body.
Micros et électronique
Lorsqu’il s’agit de choisir des micros pour une guitare, il est essentiel de comprendre les différences entre les types disponibles. Les humbuckers, par exemple, se distinguent par leur capacité à gérer le feedback tout en offrant une richesse de basses et de médiums. Ce choix est particulièrement adapté pour les styles de rock puissant. D’un autre côté, les P-90 apportent une attaque et un grain uniques, parfaits pour les sonorités vintage et garage, bien qu’il faille être vigilant face au bruit qu’ils peuvent générer.
Pour ceux qui cherchent à diversifier leur palette sonore, envisager le coil-splitting peut s’avérer judicieux. Cette technique permet de passer d’un son épais à un son plus perçant, sans nécessiter de changement d’instrument. Pour approfondir le sujet, le secret honteux des pros pour choisir une guitare qui déchire peut offrir des insights précieux. De même, le secret des pros pour choisir la guitare parfaite dévoile des stratégies qui pourraient transformer le choix d’une guitare en une expérience enrichissante. Explorez ces articles pour affiner votre expertise et faire le bon choix !
- Humbuckers → meilleure gestion du feedback, plus de bas/milieu, idéal pour rock puissant.
- P-90 → attaque et grain, très bon pour rock vintage et garage (attention au bruit).
- Considérez le coil-splitting si la guitare le permet : vous passez d’un son épais à un son plus perçant sans changer d’instrument.
Ampli et settings (repères)
- Type : tête à lampes ou modélisation de qualité (préférez lampes pour la dynamique).
- Réglage de base : gain modéré (2/5), mids relevés (+1 à +2), bass tamée (-1), treble selon la clarté désirée.
- Si vous voulez du crunch : poussez l’ampli légèrement et utilisez l’overdrive en soutien plutôt que la distorsion à haute gain.
Pédales indispensables et chaines conseillées
- Overdrive léger (Tube Screamer, Klon-like) pour pousser l’ampli et garder la dynamique.
- Fuzz/Distortion pour les passages plus agressifs (Big Muff, Fuzz Face) — attention au feedback.
- EQ paramétrique pour sculpter les bas si ça devient boueux.
- Noise gate si vous jouez fort sur scène.
- Reverb et delay pour l’espace; une spring reverb ou plate courte colle très bien.
Technique de jeu
- Utilisez le potard de volume pour nettoyer le son entre les sections (atout majeur des hollow).
- Mettez l’accent sur l’attaque en palm-muting, variances dynamiques pour éviter le larsen.
- Placez-vous en scène : prendre un peu de distance de l’axe de l’ampli réduit le retour micro-guitare.
Anecdote perso : j’ai eu une Epiphone Casino que j’ai jouée avec un Tube Screamer et un spring reverb sur un set club ; résultats : chœurs nets, solos charnus et zéro larsen lors d’un solo à 8/10 de volume — la combinaison micro, amp et gain contrôlé a fait la différence.
Limites, problèmes fréquents et solutions pratiques
Jouer du rock avec une hollow implique quelques « pièges » — les connaître évite les sueurs froides pendant le concert.
Problèmes typiques
- Feedback : la caisse amplifie les retours. Plus prononcé en position neck et à haute distorsion.
- Bouillie de bas médiums : la caisse résonante peut devenir « boueuse » si l’EQ n’est pas géré.
- Sustain limité : comparée à une solid, la sustain peut être moins longue.
- Fragilité : certaines hollow ont des chevalets flottants et sont plus délicates (voyages, réglages).
Solutions concrètes
- Contrôlez le gain : misez sur overdrive + amp plutôt que disto à fond. Réponse immédiate au potard de volume.
- Utilisez un noise gate et un EQ : gate pour le larsen, EQ pour retirer 100–200 Hz si ça bourdonne.
- Positionnement sur scène : évitez de faire face à des retours puissants; tourner légèrement la guitare peut réduire le larsen.
- Sourcing et setup : floyd/stopbar, pont fixe ou cales de sous-selle réduisent les problèmes d’intonation et améliorent la stabilité.
- Dampening : des « strips » de cuir dans la caisse (au niveau des ouïes) réduisent la résonance trop agressive sans étouffer le son.
Statistique pratique : une demi-douzaine de techniciens de scène avec qui je bosse préfèrent les semi-hollow pour des gigs rock >200 personnes, surtout pour limiter le feedback. Pour des salles petites/moyennes, la hollow tient très bien.
Modèles, budgets et recommandations selon votre profil
Si vous vous demandez quoi acheter, voici une sélection pragmatique selon usage et portefeuille. Petit tableau comparatif pour synthèse :
Conseils d’achat
- Définissez l’usage : studio, scène small/medium, gros concerts.
- Pour du rock typé « puissant », privilégiez semi-hollow ou humbuckers.
- Pour du son vintage/indie organique, une hollow avec P-90 ou single coils noisés peut être magique.
- Testez en magasin avec votre pédalier ou demandez à essayer des settings proches de ce que vous utiliserez en live.
Mon conseil perso : si vous hésitez entre vintage et polyvalence, partez sur une semi-hollow (ES-335 style) — c’est le compromis qui vous évitera des galères de feedback tout en gardant le charme creux.
Oui, on peut jouer du rock avec une hollow body. La clé : connaître ses limites, régler l’électronique et choisir l’arsenal d’effets adéquat. Vous voulez un son organique et vivant ? La hollow vous le donne. Vous voulez écraser la scène avec du gain à mort ? Optez plutôt pour une semi-hollow ou une solid — ou apprenez à dompter le feedback comme un bon vieux sorcier des amplis.
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